Défense – consensus autour de la course aux armements nucléaires

Séance du 28/06/2016 : M. Jean-Jacques CandelierL’Assemblée Nationale a voté les crédits du budget de la Défense nationale. Je déplore le consensus qui s’est dégagé pour continuer à accroitre les crédits de la dissuasion nucléaire. Alors que les urgences pour nos militaires et leurs matériels sont prégnantes, le Gouvernement, la majorité socialiste mais également l’opposition de droite s’entêtent à dépenser plus de 10 millions par jour pour un programme de dissuasion aussi inutile que dangereux.

Madame la Présidente,
Monsieur le Ministre,
Mes chers collègues,

C’est avec crainte et colère que je me présente devant vous pour l’examen des crédits que la Nation octroiera à sa Défense en 2017. En effet, alors que notre peuple est soumis à l’austérité, le budget de la dissuasion nucléaire ne cesse de croître pour notre  plus grand péril. 10 % des crédits y seront dédiés soit 3,87 milliards d’euros.

Ce montant, en augmentation par rapport à 2016, devrait grandir de manière exponentielle selon certaines prévisions.  Il est déjà pourtant plus important que l’ensemble du budget dédié à l’Agriculture, à l’Outre-mer, aux Sports ou encore à la Culture.

Une pétition du Mouvement de la Paix contre le doublement des crédits de l’arme atomique rencontre un fort succès, preuve que nos concitoyens comprennent aisément qu’aucune menace nucléaire ne pèse sur notre pays.

L’arme atomique est en effet totalement inopérante pour juguler le terrorisme, tout en lui empruntant le même mépris pour la vie humaine en menaçant d’anéantir des millions de personnes, sans distinguer civils et militaires. Paul Quilès, ancien Ministre de la Défense, nous alerte sur les dangers d’une « guerre nucléaire qui se prépare ». En effet, en continuant dans cette voie, la France s’inscrit avec l’OTAN dans une guerre froide qui n’a pas le courage de dire son nom et qui permet aux lobbies militaro industriels de relancer la course aux armements nucléaires.

Alors que la seule voie raisonnable pour le Gouvernement français serait de prendre des initiatives diplomatiques pour un désarmement progressif multilatéral, notre diplomatie a envoyé un signal extrêmement négatif le 27 octobre dernier en votant contre une résolution de l’ONU pourtant soutenue par 123 Etats intitulée « faire avancer les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire. » Les armes nucléaires étant les dernières armes de destruction massive à ne pas être soumises à une interdiction, je considère ce vote comme allant à contresens de l’histoire.

Aujourd’hui, la dissuasion nucléaire représente une dépense somptuaire de 10,6 millions d’€ par jour qui nous empêche de répondre favorablement aux vrais enjeux de notre Défense. Les orientations de ce budget sont donc de mauvaises réponses aux vrais problèmes.

Néanmoins, je me réjouis de voir que ce budget de 32,7 milliards, en progression depuis l’année dernière, concrétise enfin l’arrêt de la déflation des effectifs, conséquence des dramatiques attentats que notre pays a connu.

Toutefois, il convient de s’interroger quant à l’utilité réelle de l’opération dite « Sentinelle » dont l’efficacité antiterroriste est faible et qui ressemble davantage à de l’affichage qu’à une véritable mesure de protection.

Concernant nos forces conventionnelles, nos unités ne disposent pas des matériels modernes dont elles ont besoin. Ne comptez pas sur nous pour défendre l’idée de la nécessité d’un budget à 2% du PIB comme l’OTAN et les USA voudraient l’imposer aux gouvernements européens.

Face à la situation catastrophique de notre industrie d’armement, le contribuable français irait enrichir les entreprises étrangères comme avec la fabrication de notre fusil d’assaut en Allemagne. Contrairement aux beaux discours à propos d’une relance d’une filière des munitions de petit calibre en France, la réalité est que notre industrie nationale d’armement n’est ni soutenue ni encouragée.

Les causes sont l’achat systématique sur étagère et la sous-traitance. Nos contrats mirobolants passés avec certains pays nous font oublier que les armes ne sont pas des marchandises comme les autres et qu’on ne peut les vendre à n’importe qui et à n’importe quelles conditions. Certes, nous vendons des Rafale. Mais pour parler du cas indien, les avions sont nus et les missiles qui les équipent sont produits en Israël.

J’évoquerais aussi les difficultés que traverse la SAMP, qui produit des corps de bombe dans le Nord. Son Président me confirmait récemment le manque total de soutien de la DGA. Celle-ci préfère dissuader nos PME de participer aux marchés publics, particulièrement dans l’industrie des corps de bombes et du petit calibre.

De lourds dangers planent également sur la navale. STX, installée à Saint-Nazaire, pourrait en effet tomber dans des mains hostiles ce qui priverait notre pays de brevets et de savoir-faire cruciaux.

Mes chers collègues, il faut faire cesser la vente de notre industrie stratégique à l’étranger. Cela démolit notre filière industrielle de l’armement, avec à la clef des milliers de suppression d’emplois et une forte menace sur notre souveraineté nationale.

Pour conclure, je veux dire que nous avons besoin d’une marine, d’une aviation et d’une armée de terre qui permettent d’assurer réellement la sécurité du pays.

Au quotidien, nos militaires manquent de tout et nos matériels ne sont que les fantômes de ceux qu’ils furent. Il est temps que l’on s’en rende compte et que l’on y remédie.

Je présenterai donc des amendements qui démontreront le bien-fondé de notre analyse en récupérant des moyens attribués au nucléaire au profit du conventionnel.

Alors que plus de 100 parlementaires proposent un référendum pour l’abolition des armes nucléaires, j’espère qu’au-delà des clivages partisans, la raison saura l’emporter, dans l’intérêt des militaires et de la sécurité du pays.

Pour consulter mes amendements, cliquez ici

La majorité et le Gouvernement, par la voie du Ministre de la Défense, se sont acharnés à défendre la hausse des crédits nucléaires, au détriment des besoins de nos armées. Ci-dessous, un exemple éclairant sur ma défense d’amendement concernant l’ONERA.

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