Henri Martel, un mineur syndicaliste élu du peuple

Le dernier livre de Pierre Outerryck est consacré à Henri Martel, élu communiste incontournable de l’histoire du Douaisis. Je suis intervenu le samedi 21 mai lors de la journée pour honorer sa mémoire et ses combats qui a réuni plus de 300 personnes à Sin-le-Noble.

Voici mon intervention.Henri Martel


33-IMG_2868Monsieur le Sous-Préfet, Monsieur le Maire, Mes chers collègues, mes chers amis, mes chers camarades.

Je suis ravi et fier d’être ici cet après-midi pour évoquer la vie et les combats d’un homme qui a marqué notre arrondissement mais également la région et tout le pays.

Si Henri Martel a laissé son empreinte sur la commune de Sin-le-Noble, étant considéré comme beaucoup de Sinois comme « un des leurs », il a également influencé le destin national de notre pays et œuvré avec vigueur pour améliorer le sort des mineurs et du monde des travailleurs. Il y a quelques mois, lorsque Pierre m’a informé que son livre était prêt à sortir, j’ai voulu que cet événement soit célébré comme il se doit.

D’autant que ce mois de Mai est symbolique à plus d’un titre. Il marque en effet le 80ème anniversaire de l’élection à la députation d’Henri, qui a eu lieu en mai 1936 ainsi que celui de l’arrivée au pouvoir du Front populaire avec la conquête des congés payés. Nous célébrons également cette année les 75 ans de la grève patriotique des mineurs de 1941 à laquelle ont participé les fils d’Henri, Aimable et Germinal.

Alors que le Gouvernement choisit cette période pour attaquer le code du travail, nous préférons de notre côté honorer la vie d’Henri Martel, un syndicaliste élu du peuple, qui a sans cesse œuvré pour la défense des mineurs, de la classe ouvrière, des gens du peuple.

Pour moi, il était naturel de consacrer un après-midi à celui qui nous a indiqué la marche à suivre dans le combat pour une autre société, débarrassée des injustices et de l’exploitation. Plus qu’un hommage, cette journée est organisée pour rappeler l’urgence à batailler ferme pour préserver les acquis que nos prédécesseurs ont pu arracher, par la lutte et par le combat politique.

C’est également le sens de ce livre qui est bien plus qu’une simple biographie. Le lire, c’est se souvenir et découvrir. Le formidable travail de Pierre Outteryck nous permet en effet d’en apprendre encore et toujours sur l’homme, mais également sur les périodes de l’histoire qu’il a façonnée par ses combats.

Pour ma part, ce livre qui nous rassemble aujourd’hui est un outil destiné à faire vivre l’histoire ouvrière ainsi que les luttes de notre région et de notre classe. C’est un manuel qui nous aide également à construire un droit de mémoire éclairant pour les combats actuels.

Certes, Henri Martel n’a pas la place qu’il mériterait dans le panthéon du mouvement ouvrier tant il était modeste et parlait peu de lui. Cela a été dit, et nous sommes tous d’accord sur ce point, Henri était un exemple d’humilité.

J’ai pu m’apercevoir de sa personnalité extraordinaire en le côtoyant, ce qui a été pour moi très enrichissant. Je suis en effet arrivé en Mairie de Sin-le-Noble comme cadre territorial en mai 1976, un an avant qu’Henri cesse ses fonctions de maire en 1977. Homme sage et prévoyant, il a su passer le témoin à Paulette Deblock dont je garde de bons souvenirs. Cependant, il ne put du jour au lendemain s’abstenir de venir en mairie, qui était devenue, en quelque sorte, sa résidence secondaire. Pendant plus d’un an, je suis allé le chercher à son domicile, ce qui m’a permis de connaitre la maison d’Henri, une demeure remplie de simplicité à l’image de l’homme dont l’œuvre est pourtant immense. C’était un militant qui avait passé sa vie au service des siens, sans rien demander, et cela malgré les épreuves qu’il avait dû traverser, et notamment la perte de ses deux fils assassinés par les nazis.

« Ceux qui vivent sont ceux qui luttent » disait Victor Hugo. Henri Martel faisait donc partie de ces hommes qui vivent par et pour les autres, luttant inlassablement pour l’amélioration des conditions de vie et le progrès social.

Henri a été Maire, Conseiller Général, Sénateur et Député. Il fut également troisième homme de la République en sa qualité de vice-président du Sénat dans une période où le président de l’institution ne pouvait assumer ses fonctions pour cause de maladie.

A peine le Parti Communiste Français était né qu’Henri avait choisi le camp de la transformation sociale et de la révolution en y adhérant. C’est sous cette étiquette qu’il remportera ses élections.

En parallèle de ses mandats politiques, Henri ancre son action au sein des mineurs et gravit tous les échelons de l’action syndicale jusqu’à devenir Secrétaire Général de la fédération Nationale du Sous-Sol et président de l’Union Internationale des Syndicats de Mineurs.

Henri était un homme qui marchait sur ses deux jambes. Attaché à la fois à l’action quotidienne et à la volonté de transformer profondément la société, il avait très vite compris le lien entre l’action syndicale et l’engagement politique. Le titre de l’ouvrage résume cette capacité d’Henri à faire vivre l’idée que l’homme est un tout.

Ne perdant jamais de vue ses intérêts de classe, les mandats d’Henri sont marqués par des grandes avancées pour les travailleurs et les mineurs en particulier.

Lors de la première Assemblée nationale constituante, il déploie une intense activité pour faire aboutir la loi de nationalisation des houillères dont il est l’un des auteurs et le rapporteur pour sa commission. Cette loi, qui fait tomber dans le domaine public les exploitations des mines, est une immense victoire.

Au cours de ses différents mandats, il dépose des propositions de lois pour améliorer le sort des mineurs et ne perd jamais une occasion pour défendre ses semblables.

Son nom reste synonyme d’amélioration pour le régime de sécurité sociale minière et pour le statut des mineurs.

Il interviendra à plusieurs reprises sur des sujets d’importance, avec des discours marquants comme lorsqu’il s’oppose à la CECA, Communauté européenne du charbon et de l’acier. Pour lui, ce projet est dangereux pour l’économie nationale et risque d’aboutir à de nombreux licenciements de mineurs. Il confirmera son propos par un vote défavorable, le 13 décembre 1951.

Sur ce sujet, comme sur tant d’autres, nous pouvons dire qu’il avait vu juste. Henri avait en effet anticipé les dangers de la mise en concurrence de tous les peuples et la diminution permanente des coûts salariaux. L’état actuel de l’Europe du capital, synonyme de récession, de casse du tissu industriel et agricole, de chômage massif et d’extension de la pauvreté ne peut en effet que lui donner raison.

En plus de son destin national et international, Henri fut également le Maire de cette ville de Sin-le-Noble pendant de longues années, notamment celles de l’après guerre et de la reconstruction. Son premier mandat de Maire commence en effet à la libération, de 1945 à 1953. Il sera ensuite réélu sans discontinuer de 1959 à 1977. Ces 26 années de présence d’Henri comme premier magistrat de la commune ont indéniablement marqué l’histoire de cette ville et l’esprit de ses habitants.

Son héritage se traduit aujourd’hui jusque dans la pierre. On lui doit en effet de grandes réalisations : la mairie, le quartier des Epis ou encore la salle qui porte son nom et dans laquelle nous sommes rassemblés ce jour.

Avant de conclure, je ne peux que vous inciter à vous procurer ce livre qui est, vous l’avez compris, d’une extraordinaire richesse pour découvrir l’homme mais également un bon moyen de s’imprégner des combats des mineurs et des travailleurs au 20ème siècle. C’est une virée vivante dans l’histoire de Sin-le-Noble et dans l’histoire des luttes sociales du pays. 34 ans après sa disparition, ses enseignements restent brûlants d’actualité. La période actuelle nous oblige en effet à redoubler de vigilance face au capital, qui ne baisse jamais les bras.

Camarade Henri, sois en sûr, nous poursuivons la lutte pour le progrès social et démocratique.

Merci à tous.

Pour vous procurer le livre, contacter Geai Bleu Editions – legeaibleu@orange.fr – 03 20 73 01 03

Henri Martel

 

 

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2 réflexions au sujet de « Henri Martel, un mineur syndicaliste élu du peuple »

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